jeudi 26 septembre 2013

Prochaine lecture/performance



ALBUM











Mon Diogène

Mon Diogène n’habite pas loin, lit l’avenir dans les cartons comme d’autres dans les mains, mon Diogène empile les couches de vêtements sales sur lui, le sur lui et le sous lui c’est pareil, tout fait paquet autour de lui, tous les paquets font corps avec mon Diogène qui pue l’oignon.

Mon Diogène ne pue pas seulement l’oignon, mon Diogène pue la pisse, la crotte et le chien mouillé, mon Diogène pue la charogne, le vieux pâté, le pourri et les pieds, mon Diogène dort dans son paquet d’ordures, pas loin d’ici, ne sait pas lire l’avenir dans les mains, lit des magazines des années 60, s’essuie le cul avec les magazines des années 60 ou avec sa chemise.

Le chien dort sur la chemise qui a essuyé le cul de mon Diogène,  qui traîne sur un tas qui recouvre un paquet, qui est noué avec un chiffon crasseux, qui a du foutre dedans, qui est collé à un autre chiffon crasseux, qui a servi à un vieux paquet puant, qui fait tas, qui déborde sur le trottoir, qui sert de siège à l’occasion, qui cache peut-être un vieux magot ficelé.

Mon Diogène a plein de pognon mais personne ne sait où, personne ne vient voir mon Diogène sauf la fille des services sociaux, la fille a envie de vomir quand elle vient, quand elle vient mon Diogène est poli, dit que tout va bien, ensuite l’est moins, crache, grommelle, insulte, s’approche avec ses grandes mains crottées, elle dit qu’elle reviendra, mais mon Diogène cherche un homme.

Un homme rentre dans le paquet puant qui sert d’habitation à mon Diogène, mon Diogène est là fourré dans sa croûte d’habits, fourré pour foutre, mon Diogène se frotte contre le paquet de chiffons crasseux pour faire venir le foutre, ignore l’homme, l’homme ne connaît pas mon Diogène qui ne connaît pas l’homme, finit par juter et demande à manger, l’homme dépose de la viande, le chien se jette dessus, mon Diogène mord le chien.

Mon Diogène devient chien, dort dans la caisse avec les puces, lèche ses croûtes et pisse contre les bagnoles, chie sur le trottoir en plein milieu et ne ramasse pas sa merde avec un sachet spécial, s’assoie et attend que quelqu’un passe, mon Diogène cherche un maître, me voit, me fait un sourire de cow-boy.

Petite Louve

à lire sur L'AUTRE HIDALGO :
Mon petit amibe est mon petit ami. Mon petit ami l’amibe est très animé. Mon petit amibe n’a pas de pied mais il avance vite dans sa vie d’amibe. Mon petit amibe est un primitif qui sait bouger. Mon petit amibe est un être visqueux. Il a son petit noyau. J’ai mon petit cerveau. Mon petit amibe est un être. Mon petit amibe n’a pas de bouche. Mais il peut ingérer de tous les côtés par son petit corps visqueux et gélatineux. Mon petit amibe adore les flaques d’eau et la sieste. Moi aussi. Mon petit amibe habite dans mon corps. Mon petit amibe aime beaucoup mon corps pour faire la sieste, les maladies. Et créer le trouble. Mon petit amibe est sensible. Mon petit amibe mange avec tout son corps sans bouche. Mon petit amibe mange beaucoup. Et il grossit. Il grossit. Mon petit ami. Mon petit amibe. Mon petit ami l’amibe. Quand il est trop gros mon petit ami l'amibe se sépare en deux et j'ai deux petits amis amibes et les deux petits amis amibes bougent et mangent et grossissent et chacun se sépare encore en deux ce qui fait quatre petits amis amibes qui habitent dans mon corps et font la sieste et les maladies et bougent et mangent et grossissent et se séparent ce qui fait huit petits amis amibes qui se séparent aussi en deux car ils sont bien nourris dans mon corps et bougent et font la sieste et les maladies et se plaisent bien là et mangent avec tout leur corps visqueux sans bouche et grossissent et se reproduisent encore et ça me fait plein de petits amis amibes.



extrait de "Marie Bornasse" Dernier Télégramme 2012.

Dans le film l’homme casse un œuf et fait glisser le jaune dans sa bouche, ensuite il embrasse la femme et fait glisser le même jaune dans sa bouche à elle, sans le casser, elle fait la même chose dans sa bouche à lui, il lui passe encore dans sa bouche à elle, le jaune est intact, elle le met avec sa langue dans sa bouche à lui, et lui intact dans sa bouche à elle, et elle dans sa bouche à lui le jaune intact,  lui à nouveau dans sa bouche à elle, puis dans l’image on ne voit pas plus bas, mais on devine plus bas ce que fait l’homme avec la femme, en même temps que le jaune plus haut, et puis on devine que la femme a son plaisir plus bas quand le jaune éclate plus haut et dégouline de la bouche vers le bas.

extrait de "Marie Bornasse" Dernier Télégramme 2012.

Dans un livre une histoire, dans l’histoire on ne sait pas quel est l’animal narrateur, l’animal narrateur est très angoissé mais on ne sait pas trop, son habitat est sous terre c’est évident il n’est jamais question de lumière ou de soleil, tout est souterrain c’est évident, elle lit le livre souterrain de l’animal narrateur qui raconte ses angoisses et ses désirs souterrains, elle lit cette histoire en s’enfonçant dans son lit, dans le creux chaud et sombre du lit, l’animal narrateur est un animal c’est évident même si une fois il est question d’un homme, mais ce n’est pas possible c’est évident, ce n’est pas possible un homme qui vit dans un terrier, une femme au fond du lit ça tient mais pas longtemps, alors un homme sous terre, elle continue donc l’histoire de l’animal narrateur dans son terrier tantôt sublime tantôt inquiétant, elle s’endort un peu et s’enfonce dans le lit, le lit peut prendre la forme d’une grotte chaude douillette, le lit peut difficilement prendre la forme d’un terrier, en tout cas pas un terrier souterrain comme dans le livre avec les galeries, le lit est d’une configuration plus simple et d’un accès plus facile, plus les yeux se ferment sur le livre souterrain plus elle s’enfonce dans le creux du lit, un moment donné elle va lâcher le livre et se lover un peu plus profond en dormant, si l’animal arrive et la surprend il bouche l’entrée d’air avec de la mousse et tue la femme, mais l’animal narrateur ne peut pas quitter le livre pour le lit, par contre si un homme prédateur arrive il peut étouffer la femme sous les draps la violer et l’enterrer ensuite quelque part tout près d’un terrier.

MANGE

L’homme il est assis sur une chaise il a pas de bras et il regarde un énorme hamburger, l’homme il ouvre grand la bouche comme pour un cri mais on l’entend pas et en même temps le hamburger géant éclabousse de la sauce, l’homme cri toujours en silence le hamburger est coupé en deux et tout gonflé il éclabousse encore plus de sauce vers l’homme, l’homme cri en silence sa jambe sort bizarrement du dos de la chaise l’autre est coupée à la cuisse la sauce du hamburger géant c’est du liquide gris qui recouvre aussi le pain du hamburger, le hamburger c’est plus qu’une masse toute grise qui éclabousse l’homme a dans sa bouche ouverte une grosse boule grise et une autre à la place de son pied derrière, l’homme a disparu dans un magma gris qui se confond avec le hamburger le magma gris ressemble à une voiture ou un sifflet géant avec une langue qui sort, la voiture grise ou le sifflet géant avec la langue qui sort se transforme avec des postillons autour, la transformation ça donne une forme grise comme une patate tête avec des poils dessus et la langue toujours là, la patate tête devient un fruit avec des poils dessus et un couteau planté dedans, la chaise qu’on ne voyait plus est réapparu mais toute brisée ça fait comme un tas d’allumettes, le tas d’allumettes à côté du fruit avec les poils sur le dessus s’étend et grossi, il y a plus qu’un gros tas d’allumettes qui ressemble de plus en plus à des frites dans une assiette,  il y a plus qu’un gros tas de frites allumettes qui se consument et deviennent des petits brins, il y a écrit mange.

extrait de MAHU ou Le Matériaux, de Robert PINGET

... son premier roman écrit en 1952.


Ben, Fio, par exemple, on dit qu'un jour il se promène à Fantoine. Fantoine c'est où je passe mes vacances. Il se promène et voilà qu'il rencontre un monsieur. Ce monsieur lui demande comment il s'appelle et il répond : "Fio. Et vous? - Moi je m'appelle Pou. On ne dirait pas n'est-ce pas? Je suis un vrai pou. C'est une transformation. A force de sucer le sang des gens je suis devenu énorme et maintenant j'ai un chapeau et des souliers. Je suis en vacance ici. J'ai des démangeaisons partout." Fio est tout content. Il va pouvoir vendre ce gros pou à un dresseur. Ca sera cher. Il lui demande :  "Est-ce que vous voulez vous faire dresser? Ce serait une vraie attraction. Je vous trouverais un dresseur spécial. Par exemple dans un cirque... Mais les bénéfices des représentations? - Vous pourriez demander un pourcentage. Bien sûr, vous ne travaillerez pas à votre compte, mais un petit pourcentage, pourquoi pas? Vous êtes d'accord? - D'accord." Et ils prennent le tram. Ils vont jusqu'a Agapa-la-Ville. Là ils descendent. Fio ne se rappelle plus la rue du cirque. Il demande à un agent. L'agent lui dit : "C'est pourquoi? - Pour un dresseur de poux. - Je suis moi-même dresseur. "Alors Fio présente Pou. L'agent trouve qu'il a très bonne façon. Pou se dit que ça va marcher. Quelle chance, moi qui m'embêtais en vacances. Et ça marche.L'agent achète Pou mille francs. Fio les empoche. Il serre la main à Pou en lui disant : " Bonne chance merci bien, j'espère que je vous reverrai." Il reprend le tram jusqu'a Fantoine. Il raconte tout à Fian et à Fion qui l'attendaient à l'auberge. Fian et Fion le laissent parler. Ils lui font la surprise. Et quand il a fini ils lui disent : "Nous aussi on a trouvé des grosses pouses. C'est des dames qui étaient des poux. Elles sont magnifiques. On va les vendre. Elles sont là. "  

extrait de "La Cage" de Christophe Tarkos

c'est cela qui est difficile à tenir
d'être là con et d'être là con seul

on en ressent une certaine solitude
on aurait bien avant que, voyons, il y ait une tendance de côté, un
penchant, une direction, une promenade à faire, on aurait bien quelque
chose à faire

au lieu de rester là en plus en ne pensant à rien
à ne rien pouvoir faire, et en plus en se voyant rester là tout seul

je reste là tout seul, je ne fais rien
je ne pense à rien parce que je n'ai rien à penser parce que la pensée 
n'est pas venue

à ce moment là on aurait tendance à remplir
à vouloir, à faire passer le temps

à se donner des choses à faire, des choses à penser
à penser à n'importe quoi plutôt que de penser à rien

c'est vraiment difficile
on a une tendance à passer le temps

on a une tendance à ne pas vouloir rester con
à ne pas se laisser rester dans une telle vacuité de la pensée

il se passe quelque chose chaque jour
on peut dire

suivant mes calculs, approximativement, on peut dire qu'il se passe
quelque chose chaque jour

on pourrait être sûr qu'il va se passer quelque chose aujourd'hui, de
l'attendre
mais il n'en est rien

mais non!
ce n'est pas sûr qu'il viendra se passer quelque chose aujourd'hui

qu'il se passe au moins une chose dans la journée à n'importe quel
moment de la journée n'est pas certain
ça pourrait ne pas arriver

il n'y a pas à attendre
on attend ce qui n'est pas sûr d'arriver

on ne peut pas attendre qu'il se passe quelque chose
parce que tant, il ne se passe rien

on ne peut pas attendre
rester là tout seul à ne rien faire n'est pas attendre

on n'attend rien

bien sûr on peut dire que selon toute probalilité, selon nos calculs, selon
nos prévisions, il va certainement arriver un événement dans cette
journée, qu'on a jamais vu une journée se passer sans un événement
remarquable

moi aussi je sais faire ...

moi aussi je sais faire des choses
des tas de trucs
je sais faire avec dextérité
oui je sais faire ça
je sais faire ça les yeux fermés
je sais, oui je sais faire ça
avec les bras en l'air
oui les pieds dans la même jambe de pantalon
je sais faire
en courant même
aussi je sais par exemple
toucher mon front avec ma langue
tu sais faire ça toi
moi oui j'ai du talent pour tout
de la facilité
petite j'avais des prédispositions
je pourrais faire tous les métiers
parce que je sais faire des tas de trucs
tiens par exemple je sais faire chanteuse ()
tu vois je sais faire
moi aussi je sais faire des choses
oui moi aussi je sais faire des choses
moi aussi je sais faire ça
moi aussi je sais raconter des trucs
je sais dire des histoires
je sais le faire
je connais des histoires
avec des héros qui meurent
et des ennemis qui meurent pas
avec des héros qui ne savent pas qu'ils vont mourir
et des bagarres, des meurtres, de l'amour
tout ce qu'il faut pour une histoire
oui je sais
une histoire comment c'est fait


"Réaliser une performance c'est acccomplir quelque chose et non jouer un rôle comme au théâtre, déplacer un objet par exemple, le faire pour le faire, ou le faire parce que vous êtes en train de déménager." 
Allan Kaprow